24.01.2008

le trou

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Qu’il était beau, le ballon sous le bras, l’index pointé vers la cible, tel le sage chinois montrant la lune ! Négligeant immédiatement l’arbitre qui, à son tour, désignait les poteaux d’un mouvement circulaire des 2 bras, déclenchant la course effrénée de ses 2 compères  derrière les poteaux, les désignant officiellement juges de paix, témoins visuels officiels de l’atteinte éventuelle de la cible par la future ogive.

Investi d’une lourde tâche, l’esprit sublimé par une concentration digne d’un bonze shaolin assis, nu sur des braises fumantes, notre tireur d’élite, tête baissée vers le sol, se mettait en action après une analyse géométrique et géologique rapide du petit périmètre indiqué par l’arbitre, lieu du délit ayant engendré la sanction. L’homme allait relever le défi de faire tenir ce satané ballon ovale dans une position défiant les lois de la gravité chère à notre ami Newton (qui ceci-dit aurait fait un sacré demi de mêlée). Le challenge était colossal ; il fallait faire tenir le ballon sur la pointe !

C’est alors que notre surhomme se mettait en action, entrant dans une danse quasi mystique, tournant autour du lieu où il allait poser son obus, en frappant le sol du talon de façon énergique (souvent en gardant le ballon sous le bras, craignant peut-être qu’on le lui dérobe, bien qu’à part l’arbitre, tout le monde avait déserté la zone, le faisant apparaître comme le centre du monde). Après plusieurs pas de cette danse primitive, il en regardait le fruit et là, dans une précision chirurgicale, il tapotait de la pointe d’un pied de ballerine la zone en question, la façonnant à sa guise, toujours en tournant autour de ce totem invisible. Quelques fois, quand notre sorcier le jugeait nécessaire, il s’accroupissait lentement et par quelques mouvements digitaux de potiers drômois, il pétrissait ce lieu sacré, le transformant en une matrice maternelle, prête à accueillir ce cuir si précieux, tel un écrin feutré  pour le plus beau des diamants. Jugeant son devoir accompli, il saisissait des 2 mains son lingot ; et là, qu’il soit à Lourdes ou sur tous les autres terrains du monde, le miracle s’accomplissait : dans une gestuelle robotique, notre divin artilleur déposait son  « sacré » dans l’autel préparé et le ballon restait droit, fier,  défiant toutes forces obscures, dans un équilibre provisoire, prêt à s’élever dans les cieux.  Restait alors à notre canonnier à effectuer le dernier réglage, loin de toutes technologies modernes et chiffrées ; D’un geste noble, il lançait dans l’air une touffe de brins d’herbe, préalablement ponctionnée  dans ce périmètre sacré ; alors, Eole en frémissant, informait sur sa vigueur et sur sa route. Tel Guillaume, en reculant de quelques pas, l’homme pouvait se concentrer à sa dernière tache, l’atteinte de la cible…

Il était loin d’imaginer que des années plus tard, on odieux objet en plastique bariolé viendrait supplanter son écrin de terre et que la poésie de sa danse rituelle disparaîtrait dans le vrombissement… d’une voiture télécommandée.

Commentaires

Je me rappelle avoir vu des buteurs jouaient avec une pelle et une pioche dans le dos...mais c'était il y a très longtemps. Les maillots pesaient 15 tonnes et les ballons autant...En revanche, c'est vrai que le jeu sentait bon la poésie!

Ecrit par : pierrot la tombal | 24.01.2008

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